En amitié spirituelle

Michèle Le Corre, dite l'Hirondelle (1930)

En 1956, nous avions demandé à Lanza del Vasto de venir faire une conférence à Poitiers : « La non-violence est-elle possible en Europe? ». L’assemblée comportait beaucoup d’enseignants, car Jeanne et André Méhat, les chefs du groupe d’Amis de l’Arche, étaient eux-mêmes professeurs. Shantidas m’est apparu à la fois comme un maître et comme un homme réservé, presque timide.

Puis, les Méhat nous ayant demandé de prendre la relève, nous avons accepté de les remplacer, mon mari Jean et moi. Chanterelle nous écrivait chaque mois, de sa petite écriture ronde et souple ; elle nous encourageait, nous exhortait. Elle soutenait fortement les groupes d’Amis, à distance, et préparait aussi les Nouvelles de l’Arche ; elle tenait tous les fils !

Tous les ans, nous nous rendions à la Chesnaie. Chanterelle était affable, magnifique, avec des grands yeux ombrés de papillon de nuit. Elle avait tout d’une bonne mère, et nous sommes tombées en amitié spirituelle. Pas en adoration : Shantidas et Chanterelle avaient leurs limites, et comme chacun de nous des défauts, mais qui ne nous affectaient pas outre mesure. On sentait que la grâce passait à travers eux. Ils étaient comme imprégnés, « infusés » de la grâce divine.