Êtes-vous celle que l'on attend ?

LUCE PYRONNET (1951)

Ma marraine me parlait souvent de l’Arche, des amis aussi, et j’ai lu tous les livres de Shantidas. Ses idées me parlaient beaucoup. C’est ainsi que lors d’une visite de Jean-Pierre Lanvin, j’ai su que Chanterelle, qui revenait d'Angleterre avec Shantidas, allait se trouver devant un afflux de travail pour le secrétariat. L’idée m’est venue de lui proposer mon aide.

À la gare des Cabrils, Shantidas m’attendait : « Êtes-vous celle que l'on attend ? », me dit-il, puis, prenant ma valise, il m’emmena chez eux. Chanterelle me reçut avec un thé et du lemon curd, une spécialité anglaise. Tout ça me parut délicieux !

Certains n’appréciaient pas que je ne sois pas avec les autres stagiaires, mais Chanterelle ne s’en souciait pas. Commentant les réflexions d'une compagne, elle disait juste : « Pas d'importance ! ». Je travaillai ainsi avec elle pendant deux années, par tranches de quelques semaines.

J’aimais beaucoup Chanterelle. Elle était agréable, vive, spontanée, disant facilement ses pensées. Shantidas était plus impressionnant. J’ai aussi travaillé pour lui, il me relisait son manuscrit pour être sûr que j’aie tout compris avant d’aller le taper à la machine.

J’ai retenu de cette expérience à l’Arche deux messages forts :
- on peut vivre très bien avec peu de choses.
- le retour sur soi par le rappel, trouver la solution au fond de soi.
C'est là aussi que j'ai rencontré mon mari Francis, qui avait grandi à l'Arche...