Un mélange d’élégance, d’austérité et d’intériorité

Anne Leroux (1941)

Je suis passée à l’Arche durant l’été 1971. Shantidas m’est apparu comme un grand seigneur, dégageant une éthique dans sa façon d’être. Quand il arrivait dans les cercles de chant ou de prière, sa présence devenait aussitôt prégnante. Il y avait en lui un mélange d’élégance, d’austérité, et d’intériorité qui impressionnait.
J’ai eu très peu de contacts avec lui, sinon lors d’un transport en voiture pour aller à une réunion sur le Larzac. À la Borie-Noble c’était l’époque des foins, qui mobilisaient toute la communauté, si bien qu’on m’avait demandé de le conduire. Il faisait très chaud et il s’est mis à somnoler dans ma petite 2CV ; je voyais sa tête dodeliner… Au retour, il somnolait encore, si bien qu’il s’est fait un gros bleu au front en cognant contre la carrosserie, sujet d’inquiétude pour ses Compagnons !
Il m’a frappée par la force de sa présence. Je le revois encore avec émotion lors de la prière du soir autour du feu. Il nous avait confié, à mon amie et moi, un cadeau à porter en Inde pour Vinôbâ.
Autant ce personnage créait une sorte de distance, autant Chanterelle était chaleureuse, spontanée, accueillante. Ses chants du Moyen Âge ou de la Renaissance m’émerveillaient.