Une parole évidente

Martine BAGOUET (1942)

 

J'ai connu Shantidas en 1953. À cette époque, une communauté, après celle de Tournier en Charente, s'était installée à la ferme du petit Pierre dure et également au Moulin du verger, à proximité (où a été fabriqué pendant de très nombreuses années le papier des Nouvelles de l'Arche), près d'Angoulême où habitait ma famille.

Mes parents étaient des fervents admirateurs de sa pensée et je me souviens avec bonheur des fêtes toujours joyeuses à Pierre dure, de Shantidas au milieu des rochers de cette vallée entouré de tous ceux qui étaient venus l'écouter, assis dans l'herbe, attentifs à cette parole évidente, tranquille, jamais sentencieuse, souvent drôle ! Shantidas était impressionnant par sa stature, sa taille, son allure de prince. Mais il n'était pas du tout intimidant : il aimait rire et faire rire, il aimait que ce soit joyeux autour de lui... comme Chanterelle, si gaie, si pétillante, si chaleureuse avec tous et toutes !

Seulement j'étais alors adolescente et, évidemment, je me suis éloignée des terrains d'élection de mes parents.

C'est en ces temps si tourmentés que je me souviens de lui, aidée en cela par le fait d'avoir retrouvé les numéros des Nouvelles, de 1952 jusqu'en 1978. Et là, tous mes souvenirs sont revenus. Le visage de chacun des compagnons que j'ai connus, les enfants... Sans doute, aurions-nous un peu de peine à nous reconnaître !

En tous cas, le Moulin marche toujours. Les lieux sont toujours habités de cette vie intense. Et moi (habitant un lieu-dit qui s'appelle L'Arche...), je vais essayer d'organiser une rencontre et je vous ferai signe !