Une vraie ruche humaine

Danielle Laude (1953)

J’avais 5 ans quand j’ai connu l’Arche. Mes parents fréquentaient la Chesnaie régulièrement et je me souviens très bien de Shantidas sous le grand chêne, donnant ses conférences en s’appuyant sur son bâton. Je n’ai jamais lu ses livres, mais je l’écoutais, et ce n’est pas tant ce qu’il disait qui m’a imprégnée, mais sa façon de le dire…

Pour moi c’est un trésor précieux d’avoir grandi dans cette atmosphère, avec notamment le moment de la Fête, qui permet de dépasser toutes les difficultés humaines.

Plus tard, avec mon mari, nous avons rejoint la communauté à Nogaret. C’était comme un rêve qui se réalisait. J’ai été très bien accueillie, car peu d’enfants de l’Arche s'y sont engagés. J’avais enfin les deux pieds dedans ! Et je recevais Shantidas et Chanterelle qui venaient prendre le café chez moi, et non plus chez mes parents…

Pour moi ils sont un couple de l’Ancien Testament, comme Noé. Je pense à Noé, car j’ai joué Sirène dans la pièce « Noé », guidée par Shantidas. C’est son côté prophétique qui m’enrichissait. Je nous sentais comme une tribu. Les feux de la St Jean sur la colline m’ont fascinée. J’étais dans le livre qui s'écrivait sous nos yeux...

Mais je préférais le modèle villageois à la notion d’Ordre. J’aimais mieux la « palabre africaine », rapportée par Pierre Parodi de retour du Maroc, et qui créait parfois des tensions avec Shantidas. J’ai vu celui-ci en colère frapper le sol avec son bâton !

C’était dans les années 1970, avant que l'Arche n'essaime. Nous vivions tous sur le domaine : la Borie, Nogaret, la Fleyssière, le Moulin, les camps d’été... Cela faisait beaucoup de monde, une vraie ruche humaine !