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Antonino Drago publie « La non violenza come riforma della religiosità cristiana »

Antonino Drago, adhérent de l’Association et ancien professeur à l’Université de Naples, publie un livre intitulé « La nonviolenza come riforma della religiosità critiana » (la non-violence comme réforme de la religiosité chrétienne). Cette étude très documentée voit la pensée de Lanza del Vasto comme une des sources majeures de la révolution spirituelle qui est en cours au niveau mondial.Antonino Drago publie « La non violenza come riforma della religiosità cristiana »

Plus de cent ans après la naissance de la non-violence, entendue comme une "arme spirituelle" appliquée aux luttes sociales (Johannesburg, 11 septembre 1909) et plus de cinquante ans après son introduction dans les Églises chrétiennes par différents maîtres de la non-violence ( Lanza del Vasto, Jean et Hildegard Goss, Martin Luther King, Don Milani), le nouveau livre de Antonino Drago vise à offrir l'aspect le plus innovant, celui de renouveler radicalement la vie spirituelle et sociale, afin de suggérer la naissance d'une nouvelle doctrine sociale catholique, capable de faire face aux plus grands conflits.

Face à une race humaine qui, avec les moyens actuels de la science et de la technologie, se croit maître d'elle-même et du milieu environnant, cette réforme amène le croyant à l'âge adulte, lui donnant une pleine conscience de la lutte entre le Mal et le Bien qui se produit, ainsi qu'en soi, à tous les niveaux organisationnels du "village global" et sait suggérer les moyens de pouvoir "répondre consciemment et rationnellement au conflit".

Antonino Drago, diplômé en physique de l'Université de Pise, a enseigné l'histoire de la physique à l'Université de Naples, l'histoire et les techniques de non-violence à l'Université de Florence et la défense populaire non-violente à l'Université de Pise.

Interview de l'auteur

  • Professeur Antonino Drago, vous êtes l'auteur du livre La non-violence comme réforme de la religiosité chrétienne, publié par Aracne. Quand est le concept de "non-violence", compris comme "arme spirituelle" appliquée aux luttes sociales, et à qui doit-on son introduction dans les Églises chrétiennes ?

La naissance a eu lieu, à la surprise de Gandhi lui-même, à Johannesburg le 11 septembre 1909, puis l'idée a fait son chemin dans l'histoire de cette époque que beaucoup d’historiens caractérisent comme le siècle des guerres mondiales, des dictatures et de la violence (de la bombe). Son histoire est donc celle d’une lutte pour entrer dans la société, comme cela s'est produit par exemple dans la société américaine, où le racisme était l'apartheid. Et pourtant cette lutte extraordinaire de Martin Luther King ne doit pas nous faire oublier que dans le panorama mondial, sa non-violence est plus une application qu'une innovation. Alors qu'en Italie, nombreux étaient les maîtres de la non­violence qui l'ont innovée soit dans la pratique sociale (D. Dolci, Don Zeno Saltini, Giorgio La Pira, Adriano Olivetti, Don Lorenzo Milani, Don Tonino Bello) soit dans une élaboration théorique dépassant la pensée de Gandhi (Aldo Capitini et Lanza del Vasto). Ce dernier a contribué à faire accepter la non-violence par l'Église catholique à l'occasion du concile Vatican II. Mon livre commence par un traitement synthétique, mais systématique et raisonné, de la méthode non-violente, dont il indique le large éventail de significations reçues en Occident, dont celle, « pragmatique », de Gene Sharp, qui domine aujourd'hui. Le livre veut plutót souligner le sens intérieur de la non-violence, qui sait se développer, en pleine cohérence, dans la vie sociale et politique, tout comme chez Gandhi, qui a su renouveler à la fois la vie de prière et la vie politique.

  • Comment la non-violence peut-elle radicalement renouveler la vie spirituelle et sociale ?

En tant qu'humble laïc, Gandhi a entrepris une réforme de la religiosité hindoue, en ce qu'il a : 1) élargi la recherche indienne traditionnelle du soi en plaçant la raison à cóté d'elle ; 2) étendu l'enseignement traditionnel de l'ahimsa (non-violence) de la sphère individuelle à la vie sociale et à ses conflits, y compris les conflits politiques. En bon disciple (catholique) de Gandhi, Lanza del Vasto a étendu l'enseignement de Gandhi à une conception adaptée au monde intellectuel occidental. Avec des interprétations originales de quatre passages cruciaux de la Bible et avec ses propres analyses sociales, il a suggéré comment le mal, qui trouve son origine dans la personne humaine, se développe à des niveaux sociaux toujours plus grands, créant des structures institutionnelles qui, ensuite, en tant que fléaux sociaux, vont dominer la vie des peuples. L'ancienne voie du bien était celle du Décalogue ; mais il avait été accepté sur le plan personnel et non sur le plan des structures sociales. La mission du Christ a donc été de donner une valeur absolue au "Tu ne tueras pas", même dans le cas où l'on doit succomber face au mal institutionnel. La nouveauté était si exigeante pour ceux qui l'imiteraient, que le Christ a donné sa vie pour l'enseigner ; et il a également assuré que malgré cela, il ressuscitera. Le christianisme n'est donc plus seulement le fait d’avoir reçu le salut éternel grâce à un don bienveillant du Christ à tous les hommes ; mais c'est l’engagement du disciple du Christ de rester fidèle au "Tu ne tueras pas" et aux autres "paroles" du Décalogue reçu du Père, en agissant comme des fils de Dieu dans les conflits même les plus extrêmes (par exemple les guerres). Le christianisme est une religion d'objecteurs de conscience qui, plutót que d'être dans une obéissance a priori aux autorités même ecclésiastiques, travaillent sur eux-mêmes pour faire face non-violemment aux conflits avec les institutions sociales négatives.Antonino Drago

  • Comment s'articule la théorie de la résolution des conflits ?

C'est justement sur la capacité à résoudre les conflits que la non-violence démontre sa nouveauté historique et intellectuelle. Le mot même de non-violence représente un saut intellectuel historique, car il s'agit d'une double négation. On sait aujourd'hui que l'utilisation de doubles négations (souvent en même temps que celle de mots modaux) représente une nouvelle logique (aussi dans le domaine mathématique). Voici la nouveauté d'une nouvelle rationalité, inductive plutôt que déductive. C'était la force intellectuelle de Gandhi face à la civilisation colonisatrice britannique, dans laquelle (comme dans la civilisation gréco-romaine antérieure) les doubles négations n'avaient pas d'importance. Alors, il est clair que la non-violence hindoue invite à la même attitude de base indiquée par l'autre double négation, le "Tu ne tueras pas" du Décalogue, sauf que la première étend cette attitude à chaque occasion de conflit. Quand on pense selon la double négation de la non­violence, on quitte la vision traditionnelle d'une opposition frontale entre affirmatif / négatif, vérité / mensonge, bien / mal ; alors un conflit n'est plus une opposition entre deux seulement, car par induction on passe à trois, ce qui signifie ajouter une ouverture (pas une fermeture), un dialogue (pas l'exclusivisme), une coopération ; et par cela on ouvre la porte à la solution qui dépasse les positions initiales. Gandhi, introduisant la non-violence dans la vie sociale, a entrepris une autre réforme, celle de l'éthique ; l'exclusion de toute violence dans les conflits a fondé pour la première fois une éthique confiante dans l'amélioration de l'homme, contre toute suggestion machiavélique. Dans cette nouvelle éthique, une autre nouveauté intellectuelle a été la première définition du conflit (Galtung) comme un événement en trois dimensions : A) l'attitude fondamentale, B) le comportement (behaviour), C) la contradiction interne. Le travail sur A, à travers des actions (B) qui pacifient C, est fondamental pour arriver à une solution coopérative. Cette conception du conflit suggère une nouvelle relation avec Dieu, car Il est reconnu comme une Trinité qui a les mêmes trois dimensions; et en plus, en tant qu’Il est une Tri-Unité, il sait passer des différences à l'unité; par conséquent, il peut et sait résoudre tout conflit de manière non violente. Le Dieu chrétien est le seul qui, par son essence, a cette caractéristique essentielle de pacificateur.

  • Quel renouvellement de la doctrine sociale catholique proposez-vous dans votre livre ?

Ce qui a été dit a un sens historique car dans les conflits du siècle dernier, l'hindou Gandhi, avec sa lutte non-violente contre la domination coloniale du grand Empire britannique, nous a donné l'exemple de la façon de mener ces luttes et a montré qu'il est possible de gagner collectivement. Par la suite, une centaine de révolutions non-violentes ont eu lieu au XXe siècle et ont prouvé que les gens savent comment lutter avec cette méthode, à tel point qu'ils ont renversé les dictatures les plus oppressives. En Europe, les révolutions non-violentes de 1989 ont été si importantes qu'elles ont changé l'atlas politique mondial. Cette réforme politique est la troisième que Gandhi a entamée et elle se déploie toujours dans le monde. Mais cela s'est produit parce que Gandhi a d'abord su cultiver la religiosité du peuple hindou jusqu'à ce qu'il sache reconnaître les violences structurelles dans la société, celles que commettent des collectivités ; il a su les condamner et les combattre spirituellement. Cette réforme de la religiosité, basée sur la rationalité de la non-violence, fait entrer dans l'âge spirituel adulte, celui de la pleine conscience de la lutte entre le Mal et le Bien non seulement en soi, mais à tous les niveaux organisationnels de notre "village global". Aujourd'hui, chaque religion, pour réagir adéquatement à la modernité, doit mener une réforme similaire de la religiosité, arriver à la conscience pleine de la violence sociale et enfin s'engager dans une politique reconstructrice agissant d'en bas, à travers des mouvements sociaux spécifiques. Cette réforme est celle que l'Église catholique a commencée avec le Concile et qui se poursuit avec le pape François (voir la condamnation totale des armes nucléaires et le soutien aux mouvements pour la justice dans le monde). Cependant, pour y parvenir complètement, l'institution millénaire de l'Église catholique devrait s'organiser, plutôt qu'en de grandes structures qui deviennent facilement négatives, en des communautés (dont un exemple occidental est celui de l'Arche, fondée par Lanza del Vasto).

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